À PROPOS

Diane Gagné

La Lumineuse

La vie des dernières années ne me prédestinait pas du tout à la spiritualité. Pourtant, enfant, j’étais d’une nature très religieuse, dévotionnelle et contemplative. J’ai cheminé gaiement à travers la religion catholique jusqu’à l’adolescence. Lors du décès abrupte de mon père, à 16 ans, ce fût la révolte.

Une porte se ferma définitivement pour moi, quant à l’aspect spirituel de la vie.

Mais… ma vie ne s’en porta pas mieux pour autant.

Malgré des études universitaires en droit, une vie professionnelle plus que remplie, la possibilité de m’exprimer à travers les arts de la scène, un conjoint et deux beaux enfants, assez rapidement je commençai à expérimenter toutes sortes de hauts et de bas émotionnels qui me conduisirent au milieu de la trentaine à un diagnostic en santé mentale.

Plusieurs années de thérapies, de médication en tous genres et d’expériences diverses me permirent d’assumer mes obligations professionnelles et familiales tant bien que mal. J’ai cheminé vers une meilleure compréhension de certains mécanismes en place, acquis certains outils pour me permettre de continuer, sans avoir une vie pleinement satisfaisante pour autant.

Jusqu’à ce qu’un jour, tout dégringole et qu’une série d’évènements me conduisent à une tentative de suicide. De « m’éveiller » encore en vie, fût un choc plus grand encore. S’en suivit l’émergence soudaine et surtout urgente de profonds questionnements existentiels, sur ma raison d’être et mon identité. Après quelques mois d’errance, le début d’une petite pratique méditative personnelle me plongea rapidement dans une expérience spirituelle indescriptible, qui amena l’éveil à une énergie en moi que je n’avais jamais sentie ainsi qu’un retournement de conscience qui s’effectua sur une période de 3 jours. Le matin du 4ème jour, je m’éveillai en contemplant un personnage dans le miroir que je ne reconnaissais plus.

Éveil sauvage, grand éveil et éveil de Kundalini, sont toutes des façons de nommer la réalité indescriptible dans laquelle je me suis retrouvée. Trois années complètes à être complètement dépossédée de mon corps et ma psyché. Deux années supplémentaires pour intégrer un nouvel état, qui n’en est pas réellement un.

C’est un retour, la reconnaissance de quelque chose qui a toujours été là, qui avait seulement été perdu de vue, oublié. Quelque chose que je cherchais sans le savoir, quelque chose qui était pourtant su et connu.

La quête est tombée, mais à quelque part, elle n’a jamais eu lieu non plus. La Vie s’est vécue telle qu’elle devait se vivre à chaque instant. Il n’y a jamais eu d’erreur, d’errance ou de méprise.

J’ai toujours été telle que je devais être, j’ai seulement cru que je ne l’étais pas.

Quelle méprise, mais quelle belle aventure!

L’éveil existe sans exister. C’est à la fois un leurre et une grande vérité.

La partie la plus difficile pour le petit « moi » limité, fût d’assumer le profond appel à partager et enseigner qui pris place dès le jour 4. Je ne comprenais pas cette urgence qui prenait place en moi à partager. Par la suite, j’ai attribué le phénomène à ce vilain ego que la spiritualité moderne nous dépeint de façon presque grotesque.

Mais, bien que les voiles soient tombés, un à un, l’élan n’est pas disparu. J’ai partagé, timidement au départ. Des initiatives se sont prises, ont été abandonnées. D’autres ont émergées, se sont faites plus courageuses. C’est là que les portes ont commencé à se fermer. Indifférence, condescendance, rejet, j’ai tout expérimenté. J’ai vu ce que cela allait chercher d’encore trop « personnel ». J’ai embrassé ce qui souffrait pour garder ce qui voulait vivre. Mais… Malgré les écueil, les claques au visage, le partage voulait vivre, voulait se transmettre.

M’autoriser à voir la puissance de cet élan, l’accepter, accueillir l’imposture qui avait pris toute la place pendant tant d’années, celle qui ne s’autorisait pas réellement à s’exprimer pour Soi, mais qui l’avait pourtant fait toute sa vie pour les autres, à travers les cours de justice ou les arts de la scène, tout ceci fût presque aussi difficile que le reste du processus.

Tellement difficile que j’ai dû un jour y renoncer. Déchirée entre cet élan de vie si puissant dans le moment et cette autre partie de moi encore trop fatiguée de la vie passée, j’ai dû abandonner l’idée d’enseigner.

Totalement.

C’est alors que s’est effondré la dernière idée. Parce qu’au fond ce n’était que cela: Une idée…

Du Silence, de ce merveilleux Silence dans lequel nous baignons, s’est révélé la réponse au dernier questionnement, qui était en fait le premier :

Qu’est-ce que je fous ici? Quel est ma raison d’être?

J’aime…

J’aime la vie, j’aime les gens.

J’aime sans raisons, sans objet.

Le sujet du partage s’est révélé de lui-même. Et lorsque l’élan de vie a repris, il partait maintenant d’un endroit totalement différent:

Du coeur.

Depuis les choses se font. Aucun effort, aucun objectif, aucun calendrier, rien à forcer.

Le partage est omniprésent, que je sois avec des gens ou non. Que je sois en salle ou non. Que je sois seule ou non. Que j’écrive ou non.

Il n’a pas besoin d’une tribune, d’un éditeur, d’un auditoire ni même de mots pour se transmettre.

Parce que l’amour n’a besoin de rien pour se suffire à lui-même. Il coule comme une rivière dans les veines de la Vie et ne demande qu’à se transmettre silencieusement.

Il est au-delà de ce qui est vu, perçu ou connu.

C’est l’essence même de toute la création, présent au coeur de chaque mouvement, de chaque élan créatif, de chaque seconde de vie.

De celui-ci tout jaillit, tout vit, tout se transforme.

Éternellement.